La fille de la forêt
Hâtons-nous ! Ce rayon, c'est encore le jour,
Mais vois venir l'étoile,
A l'est bleui du ciel... Vois la nuit, mon amour,
Croître dans le ciel pâle.
Sens ! La fraîcheur descend qui annonce le soir.
Dans la mienne, ta main
Frissonne au souffle obscur d'une brise du noir.
Où donc est le chemin ?
Où se trouve l'orée des grands bois assombris ?
Ces ronces, dans nos pas,
Qui s'accrochent à ta robe avec leurs longs doigts gris,
Ne m'arrêteront pas !
Oh ! Suis-moi, aide-moi ! Il faut nous en aller
Hors de la forêt verte.
Ma maison est là-bas, au creux de la vallée,
Et la porte est ouverte.
Les miens m'attendent près de l'âtre : je les vois,
Serrés dans la lueur.
Ils t'aimeront, Naïlaï, toi qui seras ma foi,
Et ma vie, et mon coeur.
Mais les troncs noirs, devant nous, s'écartent enfin !
Est-ce bien le soleil
Qu'on voit en rougeoyant sombrer dans les confins ?
Non, c'est un feu vermeil.
Car, toi qui sais les forêts et leurs routes sombres,
Toi qui ris, blanche fée,
Quand je me déchire aux épines dans l'ombre,
Toi qui, pour m'étouffer,
Colles ta main glacée comme un sceau sur mes lèvres,
Tu m'as pris dans tes rets,
Et tu m'as conduit, brûlant d'un rêve de fièvre,
Au coeur de la Forêt.
Par Irène Delse

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